En gestation

Portrait Nomade du NigerNourrie par mon besoin de nouvelles rencontres, de désert et d'authenticité, une vieille envie de retourner en Afrique vient de m'expédier deux semaines au Niger y préparer un nouveau grand périple. Et rêver.

Début janvier 2008.

J'ai pu, pendant ces quinze jours, rencontrer beaucoup de gens dans les villes nigériennes. Des Touaregs sédentarisés le plus souvent. Je suis resté longtemps à vivre avec leurs familles, pauvres, et même très pauvres ... du moins selon nos critères ...

J'ai pu dire en partageant le thé, interpellé par un instituteur un tantinet provocateur, combien je trouvai ces villes et leurs habitants ... riches. Les rues en sable, sans revêtement, puent souvent le vieux sachet plastique brûlé, ou même la pisse, et pourtant, je les trouve riches.   Riches de l'Essentiel.

Population du Niger et...une petite chèvreMalgré des conditions jugées épouvantables, cette communauté rayonne Joie de Vivre et Solidarité. Le Niger est un des cinq pays les plus pauvres de la planète, ils n'ont rien. Sauf l'Essentiel. Contrairement à nous européens qui avons tout ... Sauf l'Essentiel.

J'ai vu à Niamey, une mendiante lépreuse au sourire heureux, m'offrir un regard de paix. En me quittant, de ses moignons ravagés par la maladie et de son unique œil épargné, elle m'a salué comme une petite fille radieuse : mutine, espiègle et complice !

J'ai vu à Zinder, un petit poly-handicapé au milieu d'enfants valides. Son sourire était encombré de la bave qu'il ne savait retenir et ses jambes ne faisaient que l'encombrer : il ne marchait pas il ne disposait que de ses mains pour se déplacer.

Et pourtant, je l'ai vu jouer, accueilli par les autres enfants.

J'ai vu à Tahoua, un hémiplégique au sourire de sage, au boubou bleu immaculé, descendre de son fauteuil tricycle, en "chaussant" des tongs à ses mains, refuser mon aide, ramper sur ses jambes inutiles et grimper devant moi les marches de l'escalier qu'il ne pouvait franchir avec son fauteuil. Mon ami Kader m'a retenu dans mon geste pour l'aider ... Et je me suis senti ... coupable d'avoir tendu ma main ! ... J'ai vu beaucoup de mendiants et de déglingué du corps ... fiers, heureux, habités d'une grande dignité.

Petite nigeriennePar le respect que j'ai senti, j'ai alors compris que ce peuple a une immense leçon à offrir à notre Europe devenu folle.

Ce trop court séjour - prévu initialement pour plus de cinq semaines - me laisse sur ma faim ...

Début janvier, désert, chameaux et rencontres Touaregs étaient au programme. Je souhaite repartir plusieurs mois, voire une année, comme je l'ai fait vers St Jacques ... L'Afrique noire me fascine, je la vois mystérieuse, secrète, généreuse, cruelle, souvent inaccessible ... mais toujours ancrée à la Terre. J'en ai besoin.

Début janvier, désert, chameaux et rencontres Touaregs étaient au programme. La rébellion Touareg, les bavures de l'armée, la prudence des autorités ... font que je n'ai pas pu aller dans le désert ni m'initier à la randonnée en chameau ...

Déception.

Un livre - mariage de croquis, de photos, de textes magiques - reste en projet ...